Les tentacules du scandale de corruption á Bruxelles atteignent des lieux inattendus
Plus de trois ans se sont écoulés depuis l'éclatement du plus grand scandale jamais connu au Parlement européen, ébranlant profondément la réputation de cette institution. Surnommé "Qatargate", ce scandale de corruption á Bruxelles a depuis étendu son influence á de nombreux endroits. Récemment, un haut responsable de la police belge a été suspendu de ses fonctions, accusé d'avoir divulgué des informations liées á l'enquête.
Lundi, Philippe Noppé, chef du bureau central de la police fédérale belge pour la criminalité grave et organisée (OCDEFO), a été informé de sa suspension, selon un haut responsable de la police belge s’exprimant auprès d’Euractiv. Ni la police belge ni Noppé n’ont immédiatement répondu aux demandes de commentaires. La Libre rapporte que cette décision est liée au scandale du Qatargate, qui a éclaté á la fin de l’année 2022 et a secoué le Parlement européen. Une enquête interne a été lancée á la suite de la fuite de documents policiers, après des accusations portées contre des individus non identifiés pour avoir partagé des informations confidentielles, violant ainsi le secret de l’enquête.
Bien qu’aucune condamnation n’ait encore été prononcée, cette enquête a déjá provoqué des remous au sein de la police belge.Top Belgian police official suspended over Qatargate leaks probe https://t.co/sNc02cEGCQ pic.twitter.com/eI2tlR0zvP
— Euractiv (@Euractiv) January 6, 2026
En février 2025, des inspecteurs ont effectué des perquisitions au bureau et au domicile de Hugues Tasiaux, qui était alors le directeur par intérim du centre de contrôle anti-corruption (OCRC). Cet organisme de police a joué un rôle clé dans l’affaire Qatargate. Tasiaux a ensuite été accusé de violation du secret professionnel et a été suspendu, bien qu’il ait nié toute faute.
Illustration – The threads of the Brussels corruption scandal reach all the way to the Belgian police (Photo: AFP)
Le scandale de corruption á Bruxelles dure depuis trois ans. Notamment, Federica Mogherini, l’ancienne Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères, a été arrêtée début décembre en Belgique dans le cadre d’une enquête pour fraude. Mogherini a dirigé le service diplomatique de l’UE de 2014 á 2019 et a ensuite été rectrice du prestigieux Collège d’Europe. Elle a été interrogée avec deux autres personnes sur des soupçons de fraude dans les marchés publics, de corruption et de conflits d’intérêts liés á un programme de formation diplomatique financé par l’UE. La diplomate italienne, qui a finalement été libérée en attendant que des charges soient déposées, a depuis démissionné de son poste au Collège d’Europe.
Ce dernier scandale de corruption a de nouveau attiré l’attention sur le Qatargate, alors que l’enquête progresse lentement.
La figure centrale du scandale de corruption á Bruxelles est Eva Kaili, l’ancienne vice-présidente du Parlement européen, qui s’est retrouvée impliquée dans l’affaire lorsque la police belge a annoncé en décembre 2022 avoir découvert 150 000 euros en espèces — apparemment dans de grands sacs — á son domicile bruxellois lors de perquisitions. Kaili fait l’objet d’une enquête pour corruption, blanchiment d’argent et crime organisé, aux côtés de son partenaire, Francesco Giorgi, et de l’ancien eurodéputé socialiste Antonio Panzeri.
Après avoir été dépouillée de son immunité parlementaire, Kaili a été placée en détention préventive pendant quatre mois avant d’être mise sous assignation á résidence avec un bracelet électronique jusqu’en mai 2023, date á laquelle elle est revenue au Parlement européen. Tout au long de cette période, Kaili a maintenu son innocence, mais elle fait actuellement face á des accusations de participation á une organisation criminelle, de corruption et de blanchiment d’argent.
Eva Kaili and Francesco Giorgi (Fotó: AFP)
Son partenaire, Francesco Giorgi, assistant parlementaire et ancien collaborateur de Panzeri, a admis avoir accepté des pots-de-vin, mais affirme que Kaili n’était pas directement impliquée dans l’affaire de corruption. Il est le père de la fille de Kaili.
Au cœur de l’affaire se trouve l’allégation selon laquelle le Qatar, le Maroc et la Mauritanie auraient cherché á influencer les décisions au Parlement européen en versant des pots-de-vin á des députés européens et á leur personnel, comme le rappelle Euronews. Les autorités affirment que ce système visait á empêcher l’adoption de résolutions parlementaires condamnant la situation des droits de l’homme au Qatar et á garantir la libéralisation des visas pour les citoyens qatariens. Le Qatar et le Maroc ont tous deux nié ces allégations.
Les juges se sont également impliqués
L’affaire a pris un nouveau tournant lorsque Michel Claise, le juge d’instruction qui a ordonné l’arrestation de Kaili, a été contraint de se retirer en juin 2023 après qu’il a été révélé que son fils était associé en affaires avec Marie Arena, une députée socialiste belge, qui a ensuite été impliquée dans le scandale. Les avocats de la défense soutiennent que Claise était au courant de ces liens et aurait dû se récuser de l’affaire plus tôt, affirmant que Claise a protégé Arena en retardant les accusations.
Marie Arena a été inculpée en janvier pour participation á une organisation criminelle.
L’affaire s’est considérablement élargie depuis les premières arrestations. En mars de l’année dernière, les procureurs ont demandé la levée de l’immunité des députés européens socialistes et démocrates italiens Elisabetta Gualmini et Alessandra Moretti.
Á ce jour, au moins dix personnes ont été inculpées, dont Panzeri, Cozzolino et l’ancien député européen Marc Tarabella, ainsi que Niccolò Figá-Talamanca et Luca Visentini, le secrétaire général de la Confédération syndicale internationale.
Breaking: Investigating judge charged former Member of the European Parliament, Maria Arena with „participating in a criminal organization”.
The socialist politician was the chair of the human rights committee in the Parliament.
OLAF, EPPO or other EU authorities failed to… pic.twitter.com/PGSq6kCrDp
— András LÁSZLÓ MEP 🇭🇺 (@laszloan) January 18, 2025